Les mystères de l’eau de vie

Tout commençait autrefois avec l’arrivée de l’alambique ambulante qui sillonnait la campagne,  passant de commune en commune, et choisissant pour s’arrêter le bord d’un petit cours d’eau qui lui fournirait l’eau fraîche pour sa colonne de condensation. Elle était conduite par un personnage discret et énigmatique, le bouilleur de crû, auquel on apportait à distiller des produits d’une qualité très inégale. Mais c’était un alchimiste, qui si on lui fournissait le bois nécessaire, tirait de chacune de ses ”chauffes” une quantité satisfaisante d’un alcool de qualité. Il flottait aussi autour de lui comme un parfum de contrebande car la législation était si contraignante qu’elle incitait sans cesse à braver un interdit. 

En Poitou, on lui apportait ” à brûler” les vieux cidres, les marcs de raisin, et aussi après bouteille pecheurune année d’abondance des fruits excédentaires ( prunes, poires, pêches, cerises ) que l’on avait fait amoureusement fermenter selon une recette maison où les dires d’un conseilleur avisé. L’eau de vie jeune était âpre et devait vieillir pour se bonifier grandement. Mais si on lui laissait le temps de s’arrondir, elle méritait bien alors le joli décor que des mains adroites avaient patiemment assemblé à l’intérieur d’une bouteille. Un décor dont le bois , lors des premiers usages, colorait un peu d’ambre l’alcool l’adoucissant d’autant. Un décor qui était  un mystère de plus car on se demandait toujours comment on avait pu réussir à le faire passer par le goulot étroit de la bouteille. Mais un décor… qui permet aussi de retrouver aujourd’hui l’ambiance bonne enfant de cette époque rurale et paysanne.

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